Quel coût aura pour votre enfant une audition qu’il vit comme un choix entre ses parents, alors qu’elle devait seulement lui donner la parole ? La loi permet à tout mineur capable de discernement d’être entendu par le juge. Elle ne lui confie jamais la décision.
Alors voyons ce que l’audition change. Et voyons ce qu’elle ne change pas, parce que beaucoup de parents l’imaginent comme un moyen d’obtenir la résidence, alors qu’elle sert d’abord à protéger l’enfant en lui permettant d’exprimer ce qu’il vit, sans pression ni responsabilité. Votre rôle est de l’en protéger.
📌 Ce qu’il faut retenir : Je rappelle les règles de l’article 388-1 du Code civil. L’enfant capable de discernement peut demander à être entendu, et le juge ne peut refuser que s’il estime ce discernement insuffisant. L’enfant peut venir avec un avocat. Ses sentiments sont un critère parmi d’autres. Dans un divorce sans juge, sa demande d’audition fait basculer la procédure devant le tribunal.
Qui peut demander l’audition
L’enfant lui-même peut demander à être entendu, par une simple lettre au juge aux affaires familiales. Les parents peuvent aussi le demander, et le juge peut décider de l’entendre de sa propre initiative. Quand c’est l’enfant qui le demande, l’audition est de droit.

Le juge ne refuse que si le discernement fait défaut.
Pourtant les parents doivent informer l’enfant de ce droit, et dans un divorce par consentement mutuel, chaque enfant mineur reçoit un formulaire d’information qui lui explique qu’il peut demander à être entendu, ce qui ferait alors passer le divorce devant le juge. Expliquez-le simplement. Ne l’orientez pas. Gardez une trace. Alors il décidera librement.
Lettre de l’enfant
Quelques lignes suffisent : nom, prénom, âge, nom des parents et souhait d’être entendu. Elle s’adresse au juge aux affaires familiales du tribunal saisi.
Le discernement, sans âge fixé
La loi ne fixe aucun âge minimum. Le juge apprécie le discernement selon la maturité de l’enfant, sa capacité à comprendre la situation et à exprimer un avis personnel. En pratique, beaucoup de juges entendent les enfants à partir de l’école primaire, mais rien n’est automatique.
Un adolescent sera presque toujours entendu s’il le demande.
Mais un enfant plus jeune, très exposé au conflit, peut avoir un avis qui reflète surtout celui du parent chez qui il vit, et le juge en tient compte en cherchant ce que l’enfant ressent vraiment derrière les mots qu’il emploie. Parlez peu du conflit devant lui. Rassurez-le. Le détail compte. Alors sa parole restera la sienne.
Pas d’âge légal
Le critère est le discernement, apprécié au cas par cas. Un refus du juge doit être motivé.
Le déroulé de l’audition
L’audition a lieu dans le bureau du juge, sans les parents. Elle dure souvent une vingtaine de minutes. L’enfant peut venir seul, avec un avocat ou avec une personne de son choix, et le juge peut déléguer l’audition à un professionnel qualifié, comme un psychologue ou un travailleur social.
Le juge pose des questions simples sur le quotidien.
Et un compte rendu est rédigé et communiqué aux parents, dans le respect de l’intérêt de l’enfant, ce qui signifie que tout ce qu’il dit pourra être lu par ses deux parents et qu’il doit le savoir avant d’entrer dans le bureau. Expliquez-lui ce cadre. Dites-lui qu’il peut se taire. Chaque dossier diffère. Alors il abordera l’audition sans crainte.
Ce que dit le juge
Il présente son rôle, rassure l’enfant sur le fait qu’il ne décide pas, et l’interroge sur sa vie chez chaque parent, l’école et ses souhaits.
L’avocat de l’enfant
L’enfant entendu peut être assisté par un avocat, distinct de ceux des parents. Cet avocat l’aide à préparer ce qu’il veut dire et l’accompagne le jour de l’audition. L’enfant bénéficie de l’aide juridictionnelle sans condition de ressources de ses parents.

Le barreau peut désigner un avocat formé aux mineurs.
Ainsi l’enfant dispose d’un adulte qui ne défend que sa parole à lui, sans lien avec le conflit de ses parents, et qui peut lui expliquer avec des mots simples ce qui va se passer et ce que le juge fera de ses propos. Contactez le barreau. Demandez un avocat d’enfants. Rien n’est figé. Alors votre enfant ne sera pas seul face au juge.
Aide juridictionnelle
L’avocat de l’enfant entendu est pris en charge par l’aide juridictionnelle, sans examen des revenus des parents.
Ce que pèse la parole de l’enfant
Les sentiments exprimés par l’enfant sont un critère légal pour fixer la résidence et le droit de visite. Ils ne lient pas le juge. Celui-ci les met en balance avec les habitudes de vie, l’aptitude de chaque parent à respecter l’autre et les éventuelles enquêtes sociales.
L’enfant donne un avis, il ne tranche pas.
Or un enfant qui a l’impression d’avoir choisi peut porter une culpabilité durable vis-à-vis du parent non retenu, surtout si celui-ci lui reproche ensuite sa parole ou s’il découvre la décision comme une conséquence directe de ce qu’il a dit au juge. Répétez-lui que les adultes décident. Ne commentez pas ses propos. Vérifiez-le. Alors il pourra garder un lien avec ses deux parents.
✅ Ce que l’audition apporte
- Un espace de parole
- Un éclairage sur son quotidien
- Une prise en compte de ses souhaits
⚠️ Ce qu’elle ne fait pas
- Décider de la résidence
- Juger les torts des parents
- Remplacer une enquête sociale
L’audition protège l’enfant quand les parents l’empêchent de porter la décision.
Les limites à respecter
L’enfant ne peut jamais témoigner sur les griefs invoqués par les époux dans un divorce. Il ne peut pas rédiger d’attestation contre un parent, et ses propos ne servent pas à prouver une faute. Cette règle protège l’enfant du conflit conjugal, même quand il en a été témoin.
Ne lui demandez jamais d’écrire une attestation.
Cependant, en cas de violences, d’autres voies existent pour protéger l’enfant, comme le signalement au 119, une plainte, ou une ordonnance de protection demandée par le parent victime, sans faire porter à l’enfant la responsabilité de dénoncer ce qu’il a vu. Restez à l’écoute. Protégez-le. C’est fréquent. Alors la procédure respectera sa place d’enfant.
Numéros utiles
119 pour l’enfance en danger, 24 h/24. 3919 pour les violences conjugales. 17 en cas de danger immédiat.
L’audition se prépare, et nous expliquons comment accompagner son enfant devant le juge. Être entendu ne signifie pas choisir, comme le rappelle notre page sur le choix du lieu de vie. Et pour associer l’enfant sans le surcharger, lisez s’il est bon de l’impliquer dans les décisions. L’ensemble de ces règles est rappelé dans notre page sur les droits de l’enfant.
Arbitrer avec la place de l’enfant
L’audition donne à l’enfant capable de discernement le droit d’être entendu, seul ou avec un avocat, sans lui confier la décision. Elle éclaire le juge sur son quotidien et ses souhaits, à condition que les parents le laissent parler librement, sans préparation, sans pression et sans lui faire porter le poids du conflit.
Demain matin, qui absorbe ce coût ?
L’enfant, si on lui fait porter le choix. Les parents, si sa parole devient une arme. Mais une audition bien expliquée le protège. Alors parlez-lui du cadre, pas du conflit. Que pourriez-vous lui dire demain pour qu’il se sente libre ?
Questions fréquentes
Pour accompagner l’enfant au-delà de l’audition, voyez comment rassurer un enfant anxieux après la séparation.
C’est possible si le juge estime qu’il a du discernement, mais c’est rare. Le juge apprécie au cas par cas.
Non. L’enfant est entendu seul ou avec son avocat ou une personne de son choix, mais jamais en présence de ses parents.
Non. L’enfant peut refuser d’être entendu, même si un parent le demande.
La procédure doit passer devant le juge aux affaires familiales, le divorce par consentement mutuel sans juge n’étant plus possible.




